loi sur les jeux d’argent : la fête est finie

6 avril 2010  |  , ,

c’est désormais officiel, la loi d’ouverture et de régulation du marché français des jeux d’argent en ligne a été adoptée, dans un processus mêlant douleur et indifférence. dans le monde du jeu, et en particulier du poker en ligne, rien ne sera plus jamais comme avant. cela amène quelques réflexions et réactions.

sur la forme

. bien qu’elle fût très attendue, cette loi n’a pas suscité beaucoup d’intérêt, ni de la part des joueurs (pourtant concernés au premier chef), ni de la part des médias (ou des blogueurs). c’est sans doute dommage, et un peu dur à admettre, s’agissant d’un texte historique qui concerne des millions de français. pour les joueurs, en particulier de poker, cela montre aussi la faiblesse des différentes associations, fédérations ou organes représentatifs, qui ont hélas montré n’avoir aucun poids en france (surtout si l’on compare aux états-unis, où la poker players alliance est un véritable lobby, entendu et respecté) ;

. après un passage express devant le groupe d’octogénaires déconnectés de la réalité qui valident les lois françaises, plus communément appelé le sénat, la loi est passée en deuxième lecture à l’assemblée nationale. cette deuxième lecture a donné lieu à une belle parodie de démocratie : absence de débat réel, urgence, incidents à répétition, rejets en blocs de tous les amendements proposés, le tout avec parfois moins de 40 députés (sur 577) présents pour voter… un spectacle plutôt pathétique, qui aura donné envie de rire – ou de pleurer, c’est selon (voir cette vidéo édifiante) – et amené certains élus à crier au scandale. la loi est passée, mais elle aura certainement laissé des traces, abîmant encore un peu plus un pays dont les institutions se désagrègent au fil des semaines et où l’intérêt général n’est plus qu’un concept, abstrait et lointain.

sur le fond

. dès le départ, cette loi partait sur de mauvaises bases. le texte a été rédigé par le ministre du budget (eric woerth) et principalement traitée par la commission des finances. autant dire que c’est d’argent dont il s’agissait. toute cette loi n’a jamais été qu’une affaire de gros sous. certes, c’est des jeux d’argent dont on parle. mais la problématique du jeu sur internet est vaste et complexe et aurait méritée d’être traitée sous d’autres angles.

. rattaché un peu par hasard à un projet qui concernait principalement les paris sportifs et hippiques, le poker a toujours été le parent pauvre de cette loi. en définitive, le fait d’avoir été inclus dans ce texte est même la pire chose qui pouvait arriver au poker. poker, paris sportifs et paris hippiques se pratiquent sur internet et certains des acteurs du marché proposent plusieurs de ces activités. mais celles-ci n’ont aucun autre point commun. la logique de ces jeux, les principes de mise et les profils des joueurs sont totalement différents. à notre connaissance, il n’y a pas de champion du monde du pari hippique et on connaît peu de joueurs rêvant de faire une carrière professionnelle dans le paris sportif. le rattachement du poker à cette loi résulte, au mieux, d’une méconnaissance profonde du poker en tant que sport intellectuel de compétition, au pire d’un amalgame stupide et sans fondement réel.

à qui profite le crime ?

le côté paradoxal de cette loi est qu’on voit mal qui peut réellement s’en satisfaire :

. probablement pas les acteurs historiques (fdj et pmu), qui voient tomber là un confortable monopole datant de plusieurs décennies. les deux mamelles du jeu d’argent en france vont voir débouler de nouveaux et puissants concurrents, et devoir investir des terrains qu’ils ne maîtrisent pas vraiment aujourd’hui ;

. pas forcément les acteurs existants du jeu en ligne, qui opéraient tranquillement jusqu’alors, sans avoir beaucoup de comptes à rendre et en engrangeant des bénéfices astronomiques. les plus gros d’entre eux, par la force des alliances et de budgets marketing pharaoniques, vont sans doute pouvoir tirer leur épingle du jeu, mais leurs marges ne seront plus jamais ce qu’elles étaient. pour les petits acteurs du jeu en ligne, ce sera plus dur et on peut arguer que cette loi signe grosso modo leur arrêt de mort ;

. certainement pas non plus les joueurs qui, même s’ils vont y gagner (un peu) en transparence, vont y perdre (beaucoup) en matière de choix de l’offre. pour les joueurs de poker en particulier, c’est vite vu : les tournois – limités à un public de joueurs français – seront moins richement dotés, moins nombreux et moins intéressants, tandis que le cash game, du fait de la taxation, sera sans doute moins rentable.

les dommages collatéraux

. l’un des effets de bord notables de cette loi est l’instauration d’un processus de filtrage du net, créant un précédent historique. avec la possibilité pour les juges de bloquer l’accès à certains sites web, et d’imposer aux moteurs de recherche le dé-référencement de ces sites, l’internet français exhale tout à coup des relents de parfum chinois.

. en dehors des inquiétudes légitimes que l’on peut ressentir sur ce point, la question de l’application de cette directive soulève bien des interrogations. car, concrètement, la loi ne donne pas de définition précise de la notion de site illégal. un site de jeu étranger mais disposant d’une simple interface en français est-il forcément illégal ?

. par ailleurs, on sait que les sites de jeu abritent d’autres contenus que leurs plates-formes servant à jouer. par exemple, la full tilt academy, hébergée en sous-domaine du site full tilt, propose un ensemble de vidéos de joueurs commentant l’actualité du poker ou fournissant des conseils stratégiques. autre exemple, les blogs des sites poker 770 ou winamax fournissent depuis plusieurs années des coverages live de tournois de poker internationaux. si les sites concernés n’obtenaient pas d’agrément en france, l’accès à ces contenus purement informationnels serait-il bloqué ?

en choisissant le filtrage, le gouvernement s’est engagé dans la voie dangereuse de la censure du net, qui ne peut conduire qu’à des inconsistances, à des dérapages ou à un appauvrissement de l’internet francophone.

conclusion

en cherchant bien, on peut quand même trouver quelques vertus à cette loi : les opérateurs vont devoir être plus transparents qu’auparavant et l’on peut espérer que l’autorité de régulation (arjel) impose des vérifications et garanties profitables aux joueurs.

et puis, malgré tout, il s’agit là d’une ouverture du marché qui, associée à une probable déferlante publicitaire, devrait contribuer à développer le poker en france. mais, pour le reste, cette loi est globalement mal fagotée, localement incohérente et terriblement technocratique. vive la france.

photos : sin streetcc



3 commentaires


  1. C’est vraiment déprimant.La loi est complétement inadaptée et est clairement portée vers les bénéfices vu qu’ils n’ont même pas encore défini la notion de « site illégal ».

  2. cette loi est contraire aux règles européennes. hier, je faisais un SnG contre un anglais, un espagnol, un italien,…
    empecher cela est illégale !

  3. C’est Domnique de Villepin sur les photos ? :)

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